Planification des naissances։ Plus qu’une nécessité; un impératif…

Les résultats de l’Enquête Démographique et de Santé au Burundi de 2016-2017(EDSB-III) montrent que la croissance démographique est en moyenne 2,4% par an, conséquence d’une fécondité élevée. Cette croissance démesurée de la population engendre des défis sur le plan socioéconomique des ménages et du pays. Recourir à la planification des naissances reste une solution viable ; fait savoir Dr Jean François Régis Sindayihebura, expert en démographie et enseignant d’universités.

Le galopdémographique a pour effet principal la multiplication considérable des besoins en services sociaux de base que les moyens limités de l’Etat et le faible revenu des ménages ne peuvent pas satisfaire, fait note Dr Sindayihebura.

Cet universitaire cite notamment les terres à cultiver, les terrains à bâtir, les infrastructures sociaux tel que les hôpitaux, les écoles, les points d’eau potable mais aussi les opportunités de l’emploi, etc.

Aussi, les familles nombreuses ont dans la plupart des fois des problèmes socioéconomiques. Ils ne peuvent pas vaquer quotidiennement à leurs activités car la maman qui ne se repose pas et les enfants rapprochés ont souvent des problèmes de santé. Ces dépenses énormes en soins de santé pèsent lourdement sur leur développement ainsi que sur le développement du pays, fait remarquer ce spécialiste des questions démographiques.

Mukeshimana témoigne…

Il est 9h24 min. j’arrive au chef-lieu de la colline Muyebe de la commune Vumbi en province Kirundo. C’est à vingt-cinq kilomètres depuis la route goudronnée, me chuchote un chauffeur. Mukeshimana Alvella est une jeune maman de 35 ans habitant de cette colline. Malgré sa jeunesse, elle est déjà mère sept enfants. Rencontrée sur le chef-lieu collinaire, elle accepte de nous témoigner sur sa vie reproductive. « Il m’a été très difficile d’élever mes enfants parce que les naissances ne sont pas espacées. » nous a-t-elle confie avec amertume. 

Pour cette trentagénaire, alors que l’enfant devrait allaiter, le bébé abandonnait le sein maternel car elle avait déjà une autre grossesse. Elle poursuit en indiquant que dès la conception de la grossesse, son état de santé se dégradait à tel point qu’elle ne participait plus dans les activités champêtres utiles pour le développement de sa famille. « Mon mari était obligé de travailler seul.  Quant aux enfants, ils tombaient régulièrement malades car ils n’avaient pas l’occasion d’être mieux allaités. Ils ont même eu des problèmes de malnutrition », a-t-elle témoigné.

Planifier les naissances, une voie de sortie

Pour Alvella Mukeshimana, la planification familiale   s’est révélée comme une solution viable pour pallier à ces problèmes. Avec l’assistance d’un centre de santé, elle a pu utiliser les méthodes contraceptives, ce qui lui a permis de mieux se concentrer sur l’éducation et la santé de ses enfants, améliorant ainsi la dynamique familiale.

 « Nous nous sommes assis ensemble avec mon époux pour trouver la solution aux problèmes qui hantaient notre foyer. Ainsi nous nous sommes résolus à utiliser les services de la PF.  Aujourd’hui, nous sommes en plein épanouissement », se réjouit-t-elle. 

Le témoignage de Mukeshimana n’est pas un cas isolé. Selon Niyonzima Formelle de la colline Nyamivuma, bien de familles de sa communauté ignorent les bienfaits de la planification familiale.

Pour elle, ces dernières vivent dans des conditions misérables car, poursuit-elle, celles-ci sont souvent les plus affectées par la pauvreté et les problèmes de santé telle que la malnutrition des enfants, la dégradation de l’état de santé de la mère…pour ne citer que ceux-là.

Minani Nazaire va plus loin. Ce responsable communal des Groupes d’écoute communautaire fait signifier qu’une famille nombreuse devient un fardeau pour le pays.

Il explique cela par le fait que les familles nombreuses produisent de moins en moins à cause de la morbidité maternelle et infantile d’une part.

D’autre part, celle-ci impose de lourdes dépenses en soins de santé prises en charge par l’Etat.

Des actions envisageables

Pour Sindayihebura, il est nécessaire de mettre en œuvre des mesures permettant de palier à ce défi. Il suggère essentiellement l’information et l’éducation de toutes les couches de la population sur santé de la reproduction avec un accent sur le PF en vue   d’accroitre la demande des services de planning familial; l’amélioration de la disponibilité et de l’accessibilité des services, le renforcement des capacités techniques et institutionnelles du système de santé, et le renforcement du plaidoyer en faveur de la maîtrise de la croissance démographique.

Tous nos interlocuteurs convergent à dire que la reproduction responsable reste une pierre angulaire pour soutenir le développement durable depuis le niveau communautaire jusqu’au niveau national et invitent par-là les couples particulièrement les maris à engager un dialogue pour mieux planifier leurs naissances. 

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